Libres de courir, pas de s’enfuir!

Libres de courir, pas de s’enfuir!

Il y a quelques semaines à peine, une nouvelle défrayait la chronique milanaise: Irene, une coureuse qui s’entraînait le long du canal Naviglio Grande, a été agressée alors qu’elle s’était arrétée pour boire à une fontaine, en plein jour. Si elle a réussi malgré ses blessures à s’enfuir en rejoignant un groupe de coureur, je frémis à l’idée de ce qui aurait pu se passer de pire, dans cette zone pourtant fréquentée par les sportifs. Les cris d’horreur ont fusé dans les médias, escortés d’appels à la prudence et de conseils avisés: courez en groupe et dans des endroits très fréquentés, préférez les sports en salle ou les activités collectives. D’autres cris ont alors à juste titre retenti: ceux du droit à la sécurité, de la liberté de courir sans avoir peur, de profiter des espaces publics sans devoir se terrer dans des salles de sport ou chez soi pour pratiquer… C’est pour proclamer ce droit que les coureurs, cyclistes et marcheurs milanais se sont réunis dimanche dernier à midi pour reparcourir, qui en rollers, qui à petites foulées, le parcours d’Irene jusqu’à la fontaine.

courir au féminin

Evidemment, j’en étais, et comme Uty était de passage à Milan aussi, c’est avec joie que nous avons participé ensemble à ce rassemblement symbolique, car c’est aussi l’occasion d’aborder ici les questions de sécurité, et tout particulièrement de sécurité au féminin! Parce que je refuse l’idée de transférer la culpabilité sur la victime, comme si sortir courir seule, c’était forcément devenir une cible facile et s’exposer volontairement! Je cours seule parce que mon mec n’aime pas trop ça et que mes copines n’habitent pas dans le quartier, je cours le soir parce qu’en journée je travaille, et je pratique dehors parce que mon salon n’a pas l’ampleur nécessaire pour y courir! Mais surtout parce que j’aime ça, que ça me détend de pratiquer une activité solitaire et, si possible, dans un coin pas trop pollué, d’où les parcs et les abords du canal…

donne senza paura milan

Si je refuse le principe de précaution absolu qui consisterait en un abonnement de tapis roulant, je n’exclus pas l’idée d’un minimum de prudence, même si finalement, les règles sont dans le sport les mêmes qu’ailleurs (à ceci prêt que savoir courir vite vous donne un atout certain!). Pour ma part, ça me rassure d’emmener toujours mon téléphone, mais je me demande quels sont vos trucs à vous pour courir sereinement? Bombe lacrymo dans le sac banane, bons conseils de prudence? Allez les filles (et les garçons) commentez, partagez!

7 réactions au sujet de « Libres de courir, pas de s’enfuir! »

  1. Merci pour ce témoignage essentiel. La question de la femme dans l’espace public est régulièrement soulevée… à chaque fois qu’il y a un incident, une agression, voir pire. Il est inquiétant de voir alors remis en cause d’abord la présence de la femme seule dans l’espace public (civique) et non le surgissement de la violence dans ce même espace.

    C’est notamment à mettre en relation avec un travail scientifique récent sur le « genre » de l’urbanisation et des politiques d’aménagement du territoire, qui montrait que la manière de concevoir l’espace public laissait souvent une place plus importante aux hommes qu’aux femmes. Il est important de défendre un espace public mixte ou chacun peut vivre sereinement sa vie. (il y avait eu un bon résumé de ces travaux dans rue89).

  2. Je cours seule assez souvent. Enfin je sais pas trop, peut être moitié moitié en fait car mon copain court beaucoup. Maintenant que les jours ont raccourci, je ne suis pas encore allée courir seule le soir car j’ai tout mon temps pour y aller la journée et je préfère. Mais sérieusement ça me fait flipper toutes ces agressions de coureuse. Car même si je vis sérieusement dans la province, on voit de plus en plus de trucs moches arriver donc dire « ici on est tranquille car dans la campagne », non ce n’est plus le cas.

    Du coup quand je cours seule, à part serrer les fesses si y’ a un truc louche et prier le bon dieu du running, j’ai pas grand chose. J’ai mon téléphone mais le temps d’enlever le brassard, de glisser les doigts sur le plastiques tout ça je me dis qu’au final j’ai le temps de me faire agresser 10 fois lol

    1. Si tu peux courir de jour en hiver, profites en tu as raison ! De toute façon c’est sûr que c’est beaucoup plus agréable.
      C’est vrai qu’on a pas mal d’idées reçues du type « la campagne c’est plus tranquille ». J’ai plutôt l’idée qu’on est vraiment tranquilles nul part puisqu’il y a des cons partout. Mais est-ce qu’il faut que cela nous empêche de sortir ?
      Si on se terre chez soi, ce sont les agresseurs qui font la loi ! Et ça, je refuse !

  3. L’insécurité est un vrai problème. Et il est vrai qu’on appelle les femmes à la prudence car elles sont souvent considérées comme des proies potentiellement faciles : moins musclées souvent, moins rapide peut-être, pas souvent capable de se défendre. Ce qui est en fait assez faux car je connais plein de mecs incapable de donner un coup de poing correct !

    Ce qui me choque aussi, c’est qu’on mette ça sur le dos du sport et particulièrement sur celui de la course à pied. Naviglio Grande c’est un peu le boulevard périphérique du sportif. Il y a des vélos, des coureurs, des rollers partout. A Paris l’équivalent serait la Coulée Verte ou les bords de Marne. Les personnes qui ont agressés Irene étaient plusieurs, ils auraient très bien pu s’attaquer aussi à un type en roller.
    Ce genre de phénomène a tendance a soulevé de faux problème. Le problème n’est pas le fait de faire du sport dehors, et encore moins le fait qu’une femme fasse du sport dehors. Le problème c’est l’insécurité : qu’il y a en réalité peu de structure pour aider les gens, qu’on ne nous éduque pas vraiment à aider quelqu’un quand on le voit en situation difficile, et surtout que c’est un enfer de poser une plainte, faire recourir son assurance, etc.

  4. Quelle idée de courir seule ? D’ailleurs quelle idée de courir ? Les femmes ont suffisamment à faire à la maison au lieu de courir…
    Ça c’est débile mais c’est un prétexte que certains voir même certaines pourraient utiliser. Un peu comme celles et ceux qui reprochent aux femmes agressées sexuellement dans la rue, de porter une jupe !!
    Malheureusement la société actuelle préfère condamner la victime que l’agresseur. Une sorte de déni de l’incivilité ambiante.

    Quand je pars en forêt à la frontale, ma femme préfère que je prenne mon téléphone sur moi au cas où (elle pense plutôt à la blessure qu’à l’agression) et certains de mes collègues ne comprennent pas que je cours seul la nuit, dans des endroits reculés, c’est dire si ça peut être compliqué pour une femme !

    D’ailleurs quand je rencontre une femme seule dans les champs ou en forêt je me demande si elle est confiante en me croisant, si elle a donné son itinéraire et un temps de sortie à quelqu’un, si elle a une bombe lacrymo sur elle etc…

  5. Lundi dernier, encore une promeneuse agressée au Château de Vincennes, et son chien tué. Les agresseurs estimaient que sa jupe était trop courte ! bref. Je conseillerai à vous Mesdames, d’éviter les endroits isolés pour courir. Ensuite, il faut en permanence scanner son environnement afin d’identifier les problèmes éventuels et mieux les éviter. Je conseillerai aussi le port d’une bombe lacrymogène sous forme de gel (en effet, l’autre version sous forme de gaz représente un grand inconvénient : celui de se gazer soit même, avec un vent dans la mauvaise direction). Le but étant d’arroser le malfrat dans les yeux, et DE S’ECHAPPER RAPIDEMENT ! Et puis, il faut à chaque fois porter plainte : ce n’est que comme ça que nos dirigeants auront un aperçu exhaustif du climat d’insécurité qui sévit dans notre beau pays. Vous êtes responsable de votre propre sécurité, pensez-y !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *